Dieu, les anges et les autres

J'aimerais partager avec vous mes opinions, mes coups de gueule sur l'actualité, le temps, le travail, sur tout et sur n'importe quoi. Bonne lecture à tous et toutes.

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Lieu : Charleroi, Belgium

05 octobre 2006

L’École est morte…

L’École va mal. Notez bien la majuscule, je ne parle donc pas de l’école dans laquelle je travaille, mais de l’École en général. Et bien que toute généralisation soit abusive, elle permet néanmoins de mieux se représenter une réalité souvent difficile à appréhender de l’extérieur.

Ce qui tue l’École? Bien des choses il est vrai…

À commencer par les réformes incessantes qui nous sont imposées par des penseurs qui se disent plus intelligents que les enseignants sur le terrain et plus à même de savoir ce qui est bon pour eux. Et ces réformes continuent encore et encore, inlassablement. Mais quand les penseurs vont-ils nous laisser le temps de nous approprier ces réformes, de les appliquer concrètement dans nos classes, des les évaluer (et surtout leur pertinence)? Bien souvent aussi, une réforme impose exactement le contraire de ce qu’une autre réforme avait elle-même imposée quelque temps auparavant. Si Kafka vivait encore, il s’en inspirerait certainement…

Ce qui tue l’École? Le bénévolat des profs! Comme j’envie ces collègues qui se limitent à faire leur boulot tranquillement, préparer leurs cours, corriger les interros, donner leur cours, participer aux réunions strictement obligatoires, et puis s’occuper d’autre chose. Ceux-là ont compris que le bénévolat tue l’École. Pourquoi donc, me direz-vous? C’est simple: plus il y a de profs bénévoles dans une école, moins les autorités (de l’école, mais surtout ministérielles) injecteront des moyens humains et financiers dans les écoles. Car, si le bénévolat, par le passé, signifiait avant tout cuisiner et servir à souper de l’école ou bien s’occuper d’une fancy fair, actuellement, le bénévolat concerne des activités nécessaires à la (sur)vie de l’établissement scolaire, et ce sont toujours les mêmes pigeons (dont moi) qui s’y collent. Quelques exemples édifiants:

  • participer à des réunions après le temps de travail pour organiser la vie concrète de l’école;
  • participer à des projets pédagogiques visant à l’éducation citoyenne des élèves;
  • participer à des réunions interdisciplinaires, toujours après les heures de travail, pour penser et organiser concrètement une épreuve interdisciplinaire pour les élèves de rhéto;
  • etc.

Et tout cela, bien évidemment, sans ce que Jacques Defrenne (formateur, consultant et intervenant en entreprises, professeur à l’ICHEC et à l’IHECS, directeur du Centre de Management Humain à Ichec-Entreprises) appelait le «vécu de rémunération». Attention: ne comprenez pas augmentation de salaire, mais plutôt une rémunération symbolique, qui ne s’arrête pas au simple «merci».

Donc, l’École va mal, tellement mal qu’elle va mourir…

Mais que faire? Car il ne suffit pas de constater (certains diront se lamenter…), il faut surtout avancer pour sauver notre enseignement. Pas notre travail, non. Notre enseignement, car il s’agit de l’avenir de nos élèves, qui constituent l’avenir de notre pays et de notre monde.

Pessimiste, moi? Non, réaliste.

1 Comments:

Blogger Stéphane said...

Tout à fait d’accord, le bénévolat tue l’Ecole. Dans toutes les écoles où j’ai enseigné, ce constat s’applique : toujours les mêmes pigeons qui se tapent la besogne. Si je me permets de l’affirmer avec tant de véhémence, c’est que j’en fais aussi partie.
Beaucoup de personnes se bornent à voir dans l’enseignement, des gens qui profitent d’une demi année de congé et qui travaillent 20 ou 22 heures par semaine. Merci Madame Onkelinckx d’avoir imprimé cette idiotie dans l’esprit des gens.
En tant que remplaçant, souvent méprisé par certains collègues se croyant supérieurs car je suis la plus part du temps engagé sous article 20, j’ai déjà atteint des semaines de plus de 60 heures de travail. Dans une école, j’ai participé à la réalisation d’une pièce de théâtre, ce qui veut dire encadrer les élèves le mercredi après-midi, en semaine après les heures de cours. Avec 2 autres collègues pigeons, nous avons passé une journée de vacance à réaliser le décor. Tout cela bénévolement avec bien souvent pas mal de coups tordus de la part de certains collègues. Mais ces mêmes personnes sont les premières à tirer profit des bénéfices de ces actions (achat de nouveau matériel, embellissement du cadre de travail, amélioration de la réputation de l’école…).
Lors des fêtes scolaires, le même principe se reproduit. Les pigeons travaillent, les profiteurs encadrent la direction et ne daignent même pas jeter un regard envers leurs collègues. La direction se transformant en parodie de royauté entourée d’une cour de courtisans à la recherche d’un bel horaire ou autre.
Reste au professeur pigeon de continuer sa tâche ingrate, et surtout de n’attendre aucun merci de la direction. Chose à laquelle, j’ai déjà assisté à plusieurs reprises. Des professeurs consacrant une grande part de leur énergie dans une activité porteuse qui ne sont pas citées dans les bulletins d’information ou dans les discours de fin d’année des directions. Mais les courtisans qui remuent beaucoup d’air, eux entourent la direction et s’affichent comme les pseudo-moteurs de leur établissement.
Mais le professeur pigeon obtient une satisfaction personnelle d’avoir réalisé son devoir et bien souvent la reconnaissance des élèves qui ont participé. Parmi ces professeurs pigeons on ne retrouve jamais le pseudo-pédagogue… étrange. Pourtant, un élève qui était ingérable en classe est devenu un de mes amis grâce au théâtre où on a appris à se connaître et à se découvrir mutuellement. Quand je croise des élèves pour qui j’ai consacré du temps, même 3 ans après, la reconnaissance est toujours présente. A côté de cette reconnaissance, la réputation de l’école s’accroît auprès du monde extérieur. Donc tout le monde y gagne.
Ma première conclusion s’adresse aux directeurs d’établissement qui doivent arrêter d’être aveuglés par les beaux parleurs qui ne font strictement rien pour leur école et de soutenir les gens qui développent des projets de vie porteur pour la communauté.
La deuxième s’adresse aux dirigeants, le professeur n’est pas un citron. Quand vous aurez fini de le presser, ce n’est pas le prof que vous jetterez mais l’Ecole dans son ensemble.

09:49  

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